UNE PASSION POUR L'HISTOIRE, L'ARCHITECTURE ET LE PATRIMOINE DE LA NORMANDIE ET DE L'ANGLETERRE
UNE PASSION POUR L'HISTOIRE, L'ARCHITECTURE ET LE PATRIMOINEDE LA NORMANDIE ET DE L'ANGLETERRE

Bloc-notes : des articles originaux et inédits

Déroulez la page pour découvrir les différents articles

1918 - 2018 : il y a cent ans, les Anglaises obtenaient le droit de vote

Ce ne fut qu'en avril 1944 que le droit de vote fut accordé aux femmes françaises, mais les anglaises, elles, avaient obtenu ce droit des décennies auparavant. Déjà, dès le 19e siècle, de nombreuses femmes indépendantes, payant leurs impôts, pouvaient voter lors des élections locales (Municipal Franchise Act, 1869, et Local Government Act, 1894). Plus d'un million d'entre elles étaient inscrites sur les listes électorales en 1900. En revanche, pour voter aux élections parlementaires, l'affaire fut plus compliquée, et plus spectaculaire. Des mouvements de revendication avaient commencé à se structurer dès 1868 (National Society for Women's Suffrage) puis 1897 (National Union of Women's Suffrage Society), mais ce fut en 1903, avec la création de la WSPU (Women's Social and Political Union) dirigée d'une main ferme par Emmeline Pankhurst et ses deux filles Christabel et Sylvia, que les événements prirent une importance considérable. Pour faire valoir leur cause, les Pankhurst et toutes leurs suffragettes employèrent des moyens de plus en plus radicaux au fil des mois.

 

Un militantisme volontairement violent

Ce militantisme acharné était ouvertement violent : au-delà des manifestations de rue et des grands défilés avec pancartes, les suffragettes occupèrent illégalement des églises et des bâtiments publics, jetèrent des projectiles dans les fenêtres, dégradèrent de nombreux biens et furent même parfois à l'origine d'incendies. On assista à une véritable escalade de vandalisme. De tels agissements n'engageaient guère la population à trouver leur mouvement sympathique, surtout à partir de 1912. Evidemment, la réponse des autorités ne se fit pas attendre : arrestations, emprisonnements, menaces... Certaines suffragettes entamèrent alors des grèves de la faim, et il fallut avoir recours à des séances particulièrement pénibles de nourrissage forcé par sonde, ce qui créa un vrai scandale, lequel aboutit à la proclamation du curieux Cat and Mouse Act, en 1913 : une prisonnière était temporairement libérée si la grève de la faim mettait sa vie en danger, mais était ensuite réincarcérée pour achever la durée de sa peine, après avoir repris des forces. Mais rien n'arrêtait leur furie : en 1914, elles s'en prirent aux musées et lacérèrent des tableaux de la National Gallery, puis mirent en pièces un rare sarcophage égyptien au British Museum ! Le début de la première guerre mondiale représenta un tournant décisif dans ce mouvement : Emmeline Pankhurst, pressentant sans doute les horreurs qui se profilaient à l'horizon, appela ses troupes à ne plus se livrer à aucune action militante pugnace, et à faire profil bas. En novembre 1918 fut adopté le Parliament (Qualification of Women) Act, qui donnait le droit intégral de vote aux femmes de plus de 30 ans, sous certaines conditions. Le 14 décembre 1918, les femmes purent voter à une éléction générale pour la première fois. Et en 1928 fut adopté le Representation of the People (Equal Franchise) Act, qui étendait ce droit à toutes les femmes de plus de 21 ans, sans conditions, à égalité avec les hommes.

 

Le Suffragette Penny : un outil de propagande original

Les photos illustrant cet article montrent les deux faces de ce que l'on appelle un Suffragette Penny (collection particulière de l'auteur). Il s'agit d'une pièce de monnaie, datée de 1909, qui a été volontairement détériorée à la main : sur le visage du roi Edward VII, on a poinçonné le message « Votes for women ». De nombreuses piécettes ont ainsi été défigurées par les suffragettes, qui les remettaient ensuite en circulation. Une telle détérioration était un délit très grave, passible de peines de prison si l'on se faisait surprendre. Cependant, la valeur du penny étant minime, les banques ne prenaient guère la peine de les récupérer, et cette technique permettait aux militantes de véhiculer partout et auprès de toutes les classes de la population, leur message revendicatif. Certes, il fallait une certaine endurance pour poinçonner en secret le texte sur chaque pièce, lettre après lettre... mais, comme nous l'avons vu, elles n'avaient pas froid aux yeux !

 

COPYRIGHT SERGE VAN DEN BROUCKE

 

1914 : un jeune garçon de Rouen part à la guerre

sous l'uniforme anglais

 

Le début de l'été 1914 s'annonçait bien agréable pour René Gouay. Insouciant comme on peut l'être à seize ans, malgré d'inquiétantes rumeurs internationales, l'adolescent habitait avec ses parents au numéro 8 de la rue Jacquard à Rouen, non loin du Jardin des Plantes. Ses journées, il les passait dans une pharmacie, où il était employé à de menus travaux et où il était très apprécié, avant de rejoindre des amis de son âge. Mais le samedi 1er août, quand toutes les cloches de la ville se mirent à sonner lugubrement, René comprit que tout venait d'être bouleversé : la mobilisation générale venait d'être décrétée.

Le patriotisme dont on l'avait abreuvé depuis son enfance, tant à la maison qu'à l'école, fit aussitôt surgir en lui le besoin impérieux de s'engager et de sauver la France, tout de suite. Mais sa déception fut rapide : arrivé tout fier au bureau militaire, il essuya un refus net. On n'enrôlait pas les jeunes de seize ans. Bien décidé à mettre son projet à exécution malgré tout, René se fit rapidement des amis parmi les soldats anglais positionnés à Rouen. Un soir, il rentra chez lui et annonça à ses parents qu'il était parvenu à se faire accepter comme soldat par l'armée britannique... ce qui n'était pas légalement exact car il n'avait signé aucun papier, même s'il portait un uniforme de Sa Majesté !

Le 10 août, il prit la mer avec les Anglais jusqu'à Saint-Nazaire, puis se dirigea vers Paris et Soissons. Il travailla d'abord dans les cuisines, puis dans les trains sanitaires, avant de rejoindre la Belgique. René prit froid, et tomba malade. Les Anglais l'envoyèrent aussitôt à Boulogne, dans un hôpital militaire français.... où on refusa de l'admettre, puisqu'il n'appartenait en fait à aucun bataillon. Le garçon retourna à Rouen : à peine arrivé à la gare, il éveilla les soupçons des cheminots. Un petit jeune tout seul en uniforme anglais mais parlant le français sans le moindre accent, visiblement épuisé et souffrant de surcroît, c'était louche. Alors, les cheminots s'emparèrent avec brusquerie du malheureux, et appelèrent les forces de police qui l'accusèrent de port illégal d'uniforme en temps de guerre. Autant dire un arrêt de mort.

Il fut conduit devant le Procureur de la République, auquel il fit le récit détaillé de sa situation. Sans doute ému par une telle indéfectible volonté de défendre son pays, le magistrat remit René aux mains des autorités britanniques qui acceptèrent, finalement, de lui faire officiellement signer son engagement. C'est donc bel et bien en tant qu'Anglais que René fut envoyé au front.

Là, on perd sa trace. Et l'on voudrait tant que cette aventure, parfaitement véridique, se soit terminée par un happy end.....

 

COPYRIGHT SERGE VAN DEN BROUCKE

 

 

Le mystère de Thomas James Young à Caen

Le minuscule cimetière protestant de Caen, que peu de gens fréquentent ou même connaissent, est un lieu étrange. Délabré, envahi de lierre et d'herbes folles, on y ressent des sentiments nuancés, parfois paradoxaux, selon l'humeur ou la saison, allant de la rêverie romantique à une certaine oppression. Dissimulé dans un bouquet rafraîchissant de grands arbres qui offrent un ombrage complice, coincé entre une rue où vrombissent les voitures et des bâtiments modernes à l'architecture impersonnelle, il garde bien ses secrets. Une très modeste sépulture dégradée, que l'on ne découvre que par hasard, surmontée d'une croix brisée par des vandales, porte le nom de Thomas James Young. Un Anglais. Un modeste inconnu ? Non, un héros militaire célèbre de l'époque victorienne, oublié dans ce carré de terre normande...

 

Terribles combats en Inde

 

Né en 1827 à Londres, Thomas James Young s'engage à treize ans comme simple cadet dans la Royal Navy et atteint le grade de lieutenant le 11 avril 1851, à vingt-quatre ans. Il sert pendant la guerre de Crimée et sur d'autres théâtres d'opérations. En 1857, il est à bord du navire HMS Shannon, une frégate armée de 50 canons qui croise dans les eaux du sous-continent indien, alors que fait rage la terrible Mutinerie Indienne qui marque un tournant décisif dans l'histoire de l'Empire britannique : la ville de Lucknow – actuelle capitale de l'Uttar Pradesh - fondée au XVIIIe siècle, était la capitale de l'Etat d'Oudh, et son rattachement à l'Inde anglaise suscita une révolte sanglante de grande ampleur. Young et ses 200 hommes ont pour ordre de reprendre Lucknow, et de libérer le bâtiment de la Résidence Britannique. Ils mettent pied à terre et s'enfoncent en colonne dans des territoires hostiles. L'expédition est interminable. Le 16 novembre, dans la cité, les combats sont sans merci. Soutenus par le feu des canons de la Royal Artillery, les Anglais avancent. Près de 2000 mutins sont tués. A quatre heures de l'après-midi, Young et son groupe arrivent devant un édifice fortifié apparemment imprenable, le Shah Nujeff. L'affrontement est plus violent que jamais. Les hommes de Young tombent les uns après les autres sous le feu nourri des insurgés. Bientôt, Thomas reste seul, uniquement accompagné d'un fidèle marin, William Hall. Il ne se décourage pas, il tient sa position coûte que coûte. Les deux combattants frôlent la mort à cent reprises. Pendant ce temps, le sergent John Paton, du 93e Highlanders, trouve une faille, s'y engouffre et fait tomber la forteresse. Le lendemain, le 17 novembre 1857, la Résidence Britannique, qui avait été défendue de l'intérieur avec vaillance par Sir James Outram, est libérée.

 

Le courage récompensé

 

En 1859, Thomas James Young est de retour à Londres. Le 8 juin, en récompense de son inébranlable courage, il reçoit la Victoria Cross de la main de la reine Victoria elle-même, au cours d'une brillante cérémonie au palais de Buckingham. John Paton et William Hall sont, eux aussi, honorés par la souveraine. Le 23 juin 1858, Thomas est promu au rang de commandant. D'autres aventures ont suivi : commandant des garde-côtes dans le Devon en 1859, il épouse Louisa Mary Boyes l'année suivante, puis monte encore en grade et devient capitaine en 1866, à trente-neuf ans. C'est alors, étrangement, que l'on perd sa trace....

 

L'énigme du cimetière normand

 

Thomas James Young est décédé le 20 mars 1869 à Caen. Que faisait-il là ? Personne ne le sait. Certes, dans cette seconde partie du XIXe siècle, une importante communauté britannique vivait à Caen, mais cela n'explique pas pourquoi Young s'y trouvait, ni pourquoi il est mort si jeune, à 42 ans. Certains ont affirmé qu'il était venu en Normandie tout simplement en villégiature, d'autres que, malade, il y séjournait pour se soigner. Il semble que ce ne soit que des spéculations. La réponse se trouvait peut-être dans les archives de la ville, hélas détruites lors des bombardements du 7 juillet 1944. L'énigme demeure donc aujourd'hui entière. En mars 2009, la Victoria Cross Society, dont le siège est à Uppingham, dans le petit comté anglais du Rutland, lança un appel de fonds auprès de ses membres afin de rendre à la tombe de l'intrépide guerrier d'antan un minimum de décence. Ainsi, le 10 mars 2010, après approbation des autorités françaises, une nouvelle petite dalle de granit fut posée sur l'ancienne sépulture. Mais qui saura vraiment lever le voile sur les derniers instants de Thomas James Young ?

 

COPYRIGHT SERGE VAN DEN BROUCKE

 

Anniversaires historiques en 2017

 

Il y a 10 ans : le Cutty Sark en flammes !

 

Il y a dix ans, le 21 mai 2007, le célèbre navire marchand britannique Cutty Sark, d'une valeur historique inestimable, a été l'objet d'un terrible incendie, que l'on a d'abord cru d'origine criminelle mais qui s'est révélé avoir été déclenché par une imprudence technique. Conservé à Greenwich, le Cutty Sark est un clipper construit en 1869, le dernier exemple de ces grands voiliers très rapides qui reliaient l'Angleterre à la Chine pour le commerce du thé. Dans l'incendie, une partie non négligeable de la structure a disparu pour toujours, mais par miracle, près des deux tiers des éléments patrimoniaux ont été épargnés. Le Cutty Sark a fait l'objet d'une importante restauration, et a été à nouveau ouvert au public en avril 2012. Mais en octobre 2014, un autre incendie, celui-ci bien moins important et vite circonscrit par les pompiers, s'est à nouveau produit. Son origine soulève encore des interrogations. Aujourd'hui, le navire est présenté dans une muséographie originale.

 

Il y a 175 ans : la reine Victoria échappe de peu à la mort !

 

Il y a 175 ans, le 30 mai 1842, un exalté nommé John Francis tenta d'assassiner d'un coup de pistolet la reine Victoria et le prince Albert alors qu'ils descendaient en calèche Constitution Hill, à Londres. L'individu, décrit comme « une canaille basanée », en était à sa seconde tentative. Heureusement, l'arme s'enraya, et l'homme fut capturé. Il fut condamné à mort, mais sa peine fut commuée en bannissement à vie sur requête de la souveraine.