UNE PASSION POUR L'HISTOIRE, L'ARCHITECTURE ET LE PATRIMOINE DE LA NORMANDIE ET DE L'ANGLETERRE
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Le mystère de Thomas James Young à Caen

Le minuscule cimetière protestant de Caen, que peu de gens fréquentent ou même connaissent, est un lieu étrange. Délabré, envahi de lierre et d'herbes folles, on y ressent des sentiments nuancés, parfois paradoxaux, selon l'humeur ou la saison, allant de la rêverie romantique à une certaine oppression. Dissimulé dans un bouquet rafraîchissant de grands arbres qui offrent un ombrage complice, coincé entre une rue où vrombissent les voitures et des bâtiments modernes à l'architecture impersonnelle, il garde bien ses secrets. Une très modeste sépulture dégradée, que l'on ne découvre que par hasard, surmontée d'une croix brisée par des vandales, porte le nom de Thomas James Young. Un Anglais. Un modeste inconnu ? Non, un héros militaire célèbre de l'époque victorienne, oublié dans ce carré de terre normande...

Terribles combats en Inde

Né en 1827 à Londres, Thomas James Young s'engage à treize ans comme simple cadet dans la Royal Navy et atteint le grade de lieutenant le 11 avril 1851, à vingt-quatre ans. Il sert pendant la guerre de Crimée et sur d'autres théâtres d'opérations. En 1857, il est à bord du navire HMS Shannon, une frégate armée de 50 canons qui croise dans les eaux du sous-continent indien, alors que fait rage la terrible Mutinerie Indienne qui marque un tournant décisif dans l'histoire de l'Empire britannique : la ville de Lucknow – actuelle capitale de l'Uttar Pradesh - fondée au XVIIIe siècle, était la capitale de l'Etat d'Oudh, et son rattachement à l'Inde anglaise suscita une révolte sanglante de grande ampleur. Young et ses 200 hommes ont pour ordre de reprendre Lucknow, et de libérer le bâtiment de la Résidence Britannique. Ils mettent pied à terre et s'enfoncent en colonne dans des territoires hostiles. L'expédition est interminable. Le 16 novembre, dans la cité, les combats sont sans merci. Soutenus par le feu des canons de la Royal Artillery, les Anglais avancent. Près de 2000 mutins sont tués. A quatre heures de l'après-midi, Young et son groupe arrivent devant un édifice fortifié apparemment imprenable, le Shah Nujeff. L'affrontement est plus violent que jamais. Les hommes de Young tombent les uns après les autres sous le feu nourri des insurgés. Bientôt, Thomas reste seul, uniquement accompagné d'un fidèle marin, William Hall. Il ne se décourage pas, il tient sa position coûte que coûte. Les deux combattants frôlent la mort à cent reprises. Pendant ce temps, le sergent John Paton, du 93e Highlanders, trouve une faille, s'y engouffre et fait tomber la forteresse. Le lendemain, le 17 novembre 1857, la Résidence Britannique, qui avait été défendue de l'intérieur avec vaillance par Sir James Outram, est libérée.

Le courage récompensé

En 1859, Thomas James Young est de retour à Londres. Le 8 juin, en récompense de son inébranlable courage, il reçoit la Victoria Cross de la main de la reine Victoria elle-même, au cours d'une brillante cérémonie au palais de Buckingham. John Paton et William Hall sont, eux aussi, honorés par la souveraine. Le 23 juin 1858, Thomas est promu au rang de commandant. D'autres aventures ont suivi : commandant des garde-côtes dans le Devon en 1859, il épouse Louisa Mary Boyes l'année suivante, puis monte encore en grade et devient capitaine en 1866, à trente-neuf ans. C'est alors, étrangement, que l'on perd sa trace....

 

L'énigme du cimetière normand

Thomas James Young est décédé le 20 mars 1869 à Caen. Que faisait-il là ? Personne ne le sait. Certes, dans cette seconde partie du XIXe siècle, une importante communauté britannique vivait à Caen, mais cela n'explique pas pourquoi Young s'y trouvait, ni pourquoi il est mort si jeune, à 42 ans. Certains ont affirmé qu'il était venu en Normandie tout simplement en villégiature, d'autres que, malade, il y séjournait pour se soigner. Il semble que ce ne soit que des spéculations. La réponse se trouvait peut-être dans les archives de la ville, hélas détruites lors des bombardements du 7 juillet 1944. L'énigme demeure donc aujourd'hui entière. En mars 2009, la Victoria Cross Society, dont le siège est à Uppingham, dans le petit comté anglais du Rutland, lança un appel de fonds auprès de ses membres afin de rendre à la tombe de l'intrépide guerrier d'antan un minimum de décence. Ainsi, le 10 mars 2010, après approbation des autorités françaises, une nouvelle petite dalle de granit fut posée sur l'ancienne sépulture. Mais qui saura vraiment lever le voile sur les derniers instants de Thomas James Young ?

 

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